Les 7 propositions d’Infini sur le projet de service public local de la donnée de Brest

Depuis 2019, Brest Métropole a lancé une concertation au sujet d’un projet de "Service Public Local de la Donnée".

La conférence de consensus est en cours jusqu’au 10 juillet.

Infini compte 400 adhérents majoritairement des associations Brestoises qui y hébergent leurs sites web et différents services pour leurs propres adhérents. Infini, c’est également un service de liste de discussion (plus de 1500 listes pour près de 250 000 utilisateurs uniques) et des outils collaboratifs libres et gratuits offerts à toutes et tous. C’est depuis ce point de vue que le conseil collégial d’Infini s’est saisie de la concertation pour produire un ensemble de 7 propositions.

Nous livrons ici le courrier adressé au président de la métropole.

  1. Un service public au service du public : un service public local de la donnée qui soit un service public au service du public, c’est-à-dire les citoyens et habitants du territoire.
  2. Un « guichet » citoyen : La mise en place d’un guichet ouvert aux citoyens, collectifs et associations dont la fonction est de recueillir les questions, présenter les jeux de données, fournir un service de traitement de données, de data-visualisation, de data-mining et des applications (logiciels). Cela signifie flécher les crédits significativement dans cette direction.
  3. Un conseil de surveillance : La mise en place d’un conseil de surveillance des usages de la donnée chargé de veiller à ce que le service public local de la donnée soit bien utile, directement, aux habitants, citoyens, collectifs ou associations du territoire.
  4. Des actions de médiation de la donnée : afin de favoriser l’appropriation sociale des usages de la donnée et des enjeux qu’ils soient individuels, collectifs, public, sociaux, environnementaux, économiques,… à hauteur de 10 % du budget du service public local de la donnée.
  5. L’alimentation des bases de données : des projets citoyens de mesures émergent, des associations produisent des bases de données qui peuvent alimenter un service public local de la donnée. Cependant, citoyens, collectifs et associations ont besoin d’accompagnement méthodologique et technologique.
  6. Les standards et l’inter-opérabilité : le portail open data Géoportail Pays de Brest permet déjà d’avoir accès à l’open data territorial publié. Cependant des solutions logicielles libres ouvertes et orientée grand public sont à préconiser afin de faciliter l’usage et l’accès.
  7. Le service public local de la donnée en circuit court : s’appuyant sur le riche écosystème associatif et citoyen du territoire.

Nous détaillons ces sept points

1 - Un service public au service du public :

Le service public local de la donnée attirera rapidement les entreprises privées qui ont besoin de ces données. Ces entreprises possèdent les compétences pour les données utiliser à leurs profits : des ingénieurs, des data-scientists, de l’Intelligence Artificielle, maitrise du data-mining, etc.

Les services publics, ou assimilés, spécialisés dans ces questions sauront également comment se saisir des données pour mener à bien leurs missions (SIG, ADEUPA, etc.).
En revanche, même si les citoyens mesurent les enjeux, même s’ils sont constitués en collectifs ou en association, ils seront extrêmement rares à posséder les compétences pour réaliser le traitement des données, voire même à saisir l’intérêt spécifique de la donnée pour leur projet. En ce sens, on peut dire que Guillaume Rozier fait figure d’« exception qui confirme la règle ».

Ainsi, sans un cadrage serré du service public local de donnée, il ne sera au service que de ceux qui sauront le mieux en tirer profit. Ce sera un service public dédié aux entreprises. Il est possible également que les grandes entreprises « datavores » (les géants Californiens ou des Data Brockers) se saisissent de ces données à leurs profits, voir même en concurrence avec les entreprises du territoire.

2 - Un « guichet » citoyen : 
 
On le sait depuis bien longtemps, il ne suffit pas de créer un équipement pour que le public s’y presse. Les bibliothèques, les musées, les théâtres savent bien qu’il faut être actif pour aller à la rencontre de leurs publics afin de toucher le plus de monde possible. Et il faut redoubler d’effort quand il s’agit de s’adresser à celles et ceux qui en sont le plus exclus. La volonté de servir directement les citoyens s’incarne par ce que nous avons nommé un « guichet citoyen » ; il s’agit d’une activité du service public local de la donnée qui consiste en plusieurs activés :

  • Présenter au public les jeux de données et le service public local de la donnée ;
  • Accueillir les demandes des habitants, citoyens, collectif et associations tant qu’elles sont d’intérêt général ;
  • Proposer des réponses aux demandes en accompagnant l’identification et le traitement des données y compris en sollicitant d’autres partenaires du territoire qui pourraient concourir à une meilleure réponse (du traitement manuel jusqu’à l’IA).
  • S’auto-saisir pour produire des exemples d’intérêt général d’utilisation de la donnée ; Il pourrait s’agir par exemple de data-visualisation au service de la compréhension du territoire (dynamique des populations, histoire, consommation énergétique, eau…), de cartographies, d’applications d’interrogation des bases de données…

3 - Un conseil de surveillance :  

Parce qu’il est important de mesurer et évaluer les politiques publiques pour se rendre compte de l’écart entre les objectifs à atteindre et les réalisations d’une part et faire des propositions d’amélioration du service public local de la donnée d’autre part, la mise en place d’un conseil de surveillance collégial nous semble indispensable.
Les critères d’évaluation pourront porter sur :

  • Usages par les entreprises privées à but lucratif (quelles entreprises, adresse de leurs siège,…) ;
  • Usages par les services publics ;
  • Usages par les citoyens.
    En cas de déséquilibre, le conseil pourra orienter les efforts à fournir pour augmenter les usages dans l’un ou l’autre secteur.

4 - Des actions de médiation de la donnée : 
 
Les acteurs de la culture et de l’éducation le savent et nous l’avons rappelé plus haut, il ne suffit pas d’avoir un équipement pour que le public s’y rende, particulièrement les publics qui en auraient le plus besoin. Pour favoriser l’appropriation sociale des usages de la donnée et de ses enjeux, il faut une politique éducative et culturelle volontariste. Nous proposons que le budget médiation soit à hauteur de 10 % du budget total du service public local de la donnée.

5 - L’alimentation des bases de données :

L’enquête « parlons vélo » de la FUB, l’inventaire local de la biodiversité porté par Bretagne Vivante avec Brest Métropole, le réseau de capteurs citoyens métropolitain Penn Avel, la carte ouverte OpenStreetMap sont quatre exemples de production citoyenne de données et il y en a bien d’autres.

Si les données produites par les opérateurs publics et privés doivent faire partie du Service Public de la Donnée, il ne faut pas oublier les données citoyennes qui participent à l’enrichissement de la connaissance du territoire en donnée.

6 - Les standards et l’inter-opérabilité.

Il semble évident que sans interopérabilité et ouverture des formats de stockage des données, l’appropriation par le grand public sera impossible. Par ailleurs, il en est de même pour les outils permettant la visualisation ou l’exploitation des données, des licences libres et ouvertes assurent une garantie d’impossibilité d’enfermer la donnée par l’entreprise privée.

7 - Le service public local de la donnée en circuit court

Enfin, puisque les travaux en sont au début, nous pensons qu’il est judicieux d’associer le plus tôt possible les partenaires intéressés, compétents et volontaires ; ceci d’autant plus que le territoire de la métropole du Ponant compte plusieurs acteurs d’envergure nationale.

Parmi ces partenaires, nous travaillons régulièrement et en toute confiance avec ces partenaires locaux et d’autres moins locaux mais tout à fait pertinents.

Sans préjuger de leur engagement, citons par exemple, sans que ce soit exhaustif :

  • Data Terra ;
  • L’UBO Open Factory ;
  • Les petits débrouillards ;
  • L’IMT Atlantique ;
  • Le GIS Marsouin ;
  • Le collectif Tiriad.
Posté le 6 juillet 2022